Extension du domaine de la boboisation

Mon parisianisme naissant d’il y a peu me semble grandir chaque jour. Après le végétarisme et les chemises à carreaux, me voilà désormais acquise à la noble cause d’Apple (lecteur, je fais devant toi le serment de ne jamais acheter de Stan Smith) (même si la nouvelle collection est vraiment canon) (je suis un tel cliché).

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Mon bon vieux PC étant passé de vie à trépas (4 ans, la durée de vie de mes ordinateurs se mesure à échelle Game Of Thrones), je me suis dirigée vers mon magasin préféré telle une jeune mariée rougissante vers sa nuit de noces, et l’ai longuement observé. Au dernier instant, je doutais. Après des années de militantisme pour la  cause du PC dans cette guerre immémoriale des internet: Mac vs PC, me voilà, passant à l’ennemi tel Theon Greyjoy (je frétille d’impatience en attendant la nouvelle saison).

Après de longues et profondes considérations (la conscience des chaines qui me lient au marketing m’en libère-t-elle?) (Vraisemblablement, non) j’ai fais fi de ces considérations: une nouvelle moi naissait. Je l’ai pris dans mes bras et nous sommes dirigés vers la caisse, péage de notre nouvelle vie ensemble. L’attente fut longue dans ce hall en plein courant d’air. Sur mon épaule, mon sac me semblait peser, lourd, du poids de ma culpabilité et je me souvins alors y avoir mis ce matin en partant la nouvelle brique de Naomi Klein. Mon tour venu, je pris conscience que je m’étais engagée dans une voie sur laquelle aucune marche arrière n’est possible et suis ressortie fatiguée mais ravie de cet achat.

J’entretiens depuis avec mon nouvel ordinateur les relations d’une jeune mère hésitante avec son premier nouveau-né. Lorsque je le tiens dans mes bras, je le trouve beau, je le caresse avec amour et ne le couche jamais que dans sa jolie housse rose (je n’ai pas vu tout de suite que c’était un garçon) (j’ai honte de tant de stéréotypes de genre).

 A la différence, certes notables d’un bébé, c’est moi qui le réveille le soir, et nous passons ensemble des heures tendres quoique parfois teintées d’incompréhension.

J’aime ces moments que nous partageons à regarder des films, écrire quelque prose ou lire des articles (« classification de Dewey » et « cinq manière de faire repousser vos légumes »). Je ressens à son égard les instincts d’une jeune louve et ne laisse mon amoureux ne l’approcher qu’en le surveillant d’un œil attentif (je me souviens alors de l’importance de son développement intellectuel, et souris, attendrie de les voir jouer aux échecs.)

Mais, alors que nous ne sommes que tous les deux et que nous vaquons à nos échanges quotidiens, soudain il s’énerve, ne m’écoute plus et je me sens désarmée face à lui (il sait que je le crains autant que je l’aime, cela l’angoisse) (comment lui en vouloir? Je lui ai sans doute transmis le gêne de l’éponge émotionnelle).

Pourquoi refuses tu de supprimer ce fichier? Comment ouvrir le Finder? Pourquoi ne puis-je pas enregistrer ce document directement dans un sous dossier? (visiblement, en informatique comme dans mon appartement, je souffre de difficultés structurelles à créer l’ordre). Nous sommes l’un face à l’autre, parlant notre propre langage sans comprendre celui de l’autre. Je sais qu’en tant qu’adulte, c’est à moi de tendre vers lui pour le découvrir mais je me sens moi même si désarmée devant lui que je crains parfois de ne jamais vraiment le comprendre.

Mac, mon petit ordinateur chéri, je t’aime, et je te trouve merveilleusement beau bien que ton entrée dans ma vie a déchiré, sinon mon périnée, mon livret d’épargne. Mac, mon amour, avec toi, c’est tout un univers que je redécouvre.

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Mais parfois, je me dis que j’aurais mieux fais d’acheter un bon vieux PC.

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Considérations morales autour d’une bouteille de shampoing

 

« La buée est un cadeau de la physique aux gens qui ont une sale gueule le matin dans la salle de bain. »

Moi, ce matin. (je m’auto cite) (j’ai toujours vu ça comme une sorte de rançon de la gloire)(pour un premier article c’est plutôt audacieux).

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Il m’arrive parfois d’avoir de profonds accès de lucidité sur le monde qui m’entoure, de me sentir connectée à lui et de parvenir à en soulever toutes les grandes questions: sommes nous fait des mêmes atomes que les dinosaures? la musique est-elle belle lorsqu’elle vibre à l’unisson de la grande conscience de l’univers? Ce matin, par exemple, alors que je nettoyais mes cheveux gras avec un shampoing vert amande et ma peau grasse avec produit un vert anis (deux nuances subtiles), je me suis demandée: ne serais-je pas à la bourre? (j’ai encore trainé devant Netflix hier soir) (toujours dans les temps, je découvre Gossip Girl) Puis: qu’est-ce qui pousse les dieux du marketing à croire que nous aurons davantage confiance pour traiter notre gras en des produits verts? Produits que dès lors nous achèterons davantage?

En me frottant énergiquement le cuir chevelu (de petits cercles avec les doigts, bien appuyer avec le pouce), j’ai d’abord pensé à l’idée de naturel que suscite immédiatement ce délicat champs chromatique. Oui, j’aime l’idée de laver mon visage et mes cheveux avec des produits qui fleurent bon la  chlorophylle des forêts et la pureté de l’argile. Il me semblait déjà sentir les bienfaits naturels  de ces composants sur mon cuir chevelu enfin apaisé de son immémorial excès de sébum.

Je savourais cet instant de plaisir, le sachant fugace, lorsque mon regard fut attiré par la longue liste de composants qui couvrait l’arrière de la bouteille telle une sinistre tapisserie. En comparaison de la douceur du délicat vert qui enveloppait le flacon, cette interminable litanie semblait me jaillir au visage en d’agressives sonorités (sincèrement, quel produit sympa peut s’appeler stearalkonium?(mon coeur palpite) (je sais qu’il ne faut pas se fier à la couverture du moine, mais sérieusement, stearalkonium?). Je crains alors de développer une nouvelle phobie à l’encontre des produits chimiques qui touchent à chaque partie de notre corps, quotidiennement et depuis des années. Cette peur me fait peur (ce qui est la preuve d’une grande sagesse, Harry) vais je désormais craindre  toute forme de saleté ? (le quotidien n’est pas évident lorsque vous souffrez de claustrophobie, de phobie sociale, et que vous bossez dans une administration. Rajoutez à cela la peur de la poussière et je suis cuite).

Je rouvre alors le robinet et sens avec délice l’eau chaude couler sur ma peau. C’est agréable en ce froid matin d’hiver et je commence à pousser la chansonnette. Il ne me faut que quelques secondes pour voir face à moi l’Olympia hurler mon nom lorsqu’ouvrant les yeux, ceux ci sont violemment agressés par quelque mousse éprise de liberté l’espace d’un instant. FLUTE criais-je (les voisins et le chat diraient peut être plutôt hurlais-je, mais celui qui tient la plume détient la vérité) (je vous invite à jeter un oeil à vos vieux manuels d’histoire).

Je me suis alors souvenu des connotations artistiques et morales du vert, couleur des yeux du monstre de la jalousie (qui, je l’admets m’évoque davantage MC Solaar que Shakespeare),  c’est la couleur du mal sourd, celui qui endort sa victime avant de l’achever. Effectivement, je n’arrivais déjà plus a ouvrir les yeux en titubant pour attraper une serviette. Maudits produits, marmonnais-je (je regarde beaucoup de vidéos québécoises en ce moment)(Solange  coeur coeur).

Je comprend alors que le lobby du shampoing à l’argile cache subtilement son message dans ses produits (nous avons l’air inoffensif mais nous allons te brûler les yeux et dominer un monde peuplé de gens aux cheveux propres) et réalise le pouvoir que moi, consommatrice avisée, détiens entre mes mains habiles: le choix. (Naomi Klein change ma manière de voir le monde) (encore faudrait-il, certes, que je termine son bouquin). Je prends alors de décision de refuser de cautionner  de tels plans par mes achats:

C’est officiel, désormais, j’aurai les cheveux gras.

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(Demain, je vous expliquerai les mystères du stoïcisme  en vous racontant le matin où j’ai perdu mes clefs)